L'histoire de l'armure


Pour la plupart des gens, l'armure est une carapace de fer articulée recouvrant la totalité du corps. Elle fut utilisée sous cette forme uniquement en Europe pendant trois siècles seulement. On l'appelait armure de plates, car elle était réalisée à partir de tôle de fer, les « plates ». Pourtant le nom armure désigne aussi les différents types de protections employées par les combattants de toutes époques et de toutes régions.

Cinq siècles avant notre ère, les combattants grecques, les Hoplites, sont protégés par une cuirasse de bronze recouvrant le torse et bas ventre, d'une dossière et d'un casque. (image 1)

Chez les romains trois armures sont utilisées. (image 2)
a) La « lorica scuamata » ou cotte d'écailles est composée d'un vêtement de cuir recouvert d'écailles métalliques.
b) La « lorica segmentala », est l'armure souple que l'on voit le plus souvent représentée, elle est faite de lames de fer montées sur lanières de cuir.
c) La « lorica hamata », la future cotte de maille.

On retrouve la cotte d'écaille chez nous pendant la période carolingienne (image 3), et jusqu'au XI siècle, comme à Byzance (image 4). Elle fut remplacée par la cotte de maille (image 5).

Au XIII siècle (image 6), on pose sur la cotte de maille des cuirasses. Le nom cuirasse est dérivé de « cuir ». Ces éléments étaient en cuir épais, bouilli et moulé sur des formes. Ce matériau acquérait ainsi la dureté du bois.

Au XIV siècle (image 7), des pièces métalliques vont remplacer celles en cuir, d'abord sur les épaules et les genoux, puis sur les membres en entier (image 8).
Le buste sera protégé d'une cotte de plates recouverte de textile, sorte d'armure à la romaine faite de lames de fer (image 9).

Le XV siècle est celui où l'armure trouve sa forme, l'homme d'arme est revêtu de la tête aux pieds de 120 pièces articulées, sanglées et bouclées. Cette armure ne dépassera pas 25 kg répartis sur l'ensemble du corps, les épaules n'en porte que 7 kg. Elle permet de courir, sauter, rouler à terre et même faire le poirier sans trop de difficulté, à mille lieux de ce que nous montre le cinéma. Aujourd'hui les militaires supportent 30 kg uniquement sur le dos !
Au cours de ce XV siècle, l'évolution sera surtout technique et stylistique (images 10-14). Le XVI siècle sonnera le glas de l'armure, l'arme à feu portative se généralise obligeant les armuriers à épaissir les plastrons les rendant difficilement inutilisables.
Au XVII siècle l'armure de guerre disparaît pratiquement.

Les armuriers, batteurs d'armures et autres heaumiers

L'armure apparaît en Italie du nord ( Lombardie) au XIV siècle. Pendant cette période de gestation et développement, c'est cette région qui fournira le matériel militaire à toute l'Europe occidentale.
Grâce aux réseaux commerciaux installés par les célèbres banquiers lombards, les armuriers italiens vont pouvoir se tailler la part du lion sur le marcher de l'arme.
Durant le XV siècle quelques familles se partagent ce juteux marcher. La plus célèbre d'entre elle « les Missaglia » contrôle toute la chaîne de production, depuis l'extraction minière jusqu'à la livraison. Des quartiers entiers de villes comme Milan, Brescia ou Mantoue sont dévolus à cette activité. De ce coté-ci des Alpes si les ducs de Bourgogne, dès avant 1400, ont incité les armuriers italiens à s'installer dans leurs grandes villes ( Brugge, Bruxelles, Lille, Dijon, Salin) et à former des artisans locaux, la France empêtrée dans la guerre de cent ans, a pris un sérieux retard. C'est Charles VII qui créera le premier centre de production à Tour au milieu de ce même siècle, afin de briser le monopole italien d'un produit hautement stratégique.
A la fin du XV et une bonne partie XVI, c'est l'Allemagne du sud et l'Autriche avec des villes comme Innsbruck, Augsbourg ou Nuremberg qui se rendent maître du marcher européen de l'armure.